Lundi 19 mai 2008 à 21:52

Zoridae continue sa découverte des auteurs parus aux éditions Filaplomb. Cette fois, c'est Claudine Tissier qui s'y colle pour Sujitha, la fille à la tache en forme d'étoile. Vous avez de la chance, vous ne l'avez pas encore lu ! 

 

D'emblée, Sujitha, la fille à la tache en forme d'étoile, est captivant. Le balancement des mots qu'une virgule finement placée fait chalouper, la mélodie délicate des adjectifs, le style ciselé font de cette nouvelle un joyau à la puissance évocatrice imparable.

Lorsque j'ai découvert la première phrase de la nouvelle de Claudine Tissier, je me suis arrêtée. J'ai posé le livre sur mes genoux et j'ai respiré. J'imaginais déjà que j'allais voyager et que ce voyage serait beau et fulgurant. Alors, j'ai relu la première phrase. Je l'ai savourée, susurrée, scandée. J'ai laissé le personnage de Sujitha se dessiner à partir d'un sourcil, d'une tache, d'un visage clair.

De la première majuscule au point final, j'ai aimé ce petit livre, passionnément. J'ai vibré d'émotion, j'ai versé des larmes, j'ai été troublée par la sensualité de l'amour interdit éprouvé par la jeune femme indienne. J'ai ri aussi, souri et je me suis étonnée.
Régulièrement, je recommence ce voyage. Il est posé sur ma table de nuit, comme un gage de beauté. Je ne m'en lasse pas...
 
Claudine, d'Italie, a pris le temps de répondre à mes questions, à ma grande joie.


Comment écris-tu ?
J'écris lorsque je suis prête. L'écriture est la mise en forme de mes pensées.
Mais mes pensées sont souvent accaparées par des événements mineurs : travail, gestion du quotidien.
Ce qui fait que durant les mois sédentaires j'écris beaucoup moins que ce que je souhaiterais.
Par contre si je suis délivrée des contingences professionnelles et logistiques, mon esprit vagabonde, imagine, crée des histoires. Toutes n'arrivent pas à terme mais beaucoup ne demandent qu'à être transcrites.
Quand les conditions idéales sont réunies j'écris n'importe où, chez moi, en vacances, en train et n'importe quand.
L'écriture n'est pas pour moi un plaisir solitaire. J'écris pour partager, pour communiquer, pour raconter.
C'est pourquoi j'aime avoir un blog.
Si personne ne me lit, je n'écris pas.
 
Tu voyages beaucoup... Pourrais-tu écrire sans cela ?
J'aime écrire et j'aime voyager. Mon écriture se nourrit de mes voyages, mais pas seulement.
Ecrire est aussi un voyage immobile. Je n'aimerais pas avoir à choisir entre les deux.

 
Comment est née Sujitha ?
Sujitha est un personnage fictif.

Je n'ai pas beaucoup d'imagination mais je suis observatrice et très réceptive aux autres.

Sujitha n'existe pas mais elle m'a été inspiré par mes amies indiennes du Kerala.

Il y a deux ans Fabio et moi avons réalisé un documentaire sur un couple d'amis, Sini et Roy. Ils vivent et travaillent à Bologne et nous les avons suivis lors de leurs vacances kéralaises. Nous avons vécu chez Sini, dans sa famille et rencontré beaucoup de leurs amis et connaissances.

Sujitha est née de toutes mes discussions avec des jeunes femmes. Je les ai regardées vivre et j'ai écouté leurs histoires. Puis j'en ai imaginé une qui soit proche de la réalité, de leur réalité.

J'aimais l'idée de montrer à quel point les émotions sont universelles.

D'ailleurs j'ai été touchée quand des lectrices m'ont confié avoir retrouvé quelque chose d'elles-mêmes, d'intime, en Sujitha.

Comme je l'ai été quand d'autres m'ont dit avoir retrouvé l'Inde en lisant la nouvelle.

Quant-à son histoire je l'ai imaginée lors d'un trajet en bus, celui-là même dont je parle. La destination est réelle, le reste est inventé.

J'ai peaufiné les détails, les phrases.

Et j'ai écrit.


Comment as-tu découvert les Editions Filaplomb ?

C'est Fil qui m'a contactée car il connaissait mon blog. J'en ai été ravie.

J'avais écrit Sujitha l'été dernier lors d'un voyage en Inde avec l'intention de le publier, ainsi que d'autres récits indiens, sur un blog.

Et alors… et alors… Filaplomb est arrivé !


As-tu lu d'autres auteurs chez lui ?

Oui, j'ai lu les autres auteurs. J'ai aimé tous les récits, le choix est varié et tous sont de qualité.

J'ai une tendresse particulière pour Des hamsters et des hommes car j'apprécie beaucoup l'humour de Joan Aractingi.


Ecris-tu en ce moment ?

J'espère pouvoir me délivrer de beaucoup de contraintes dans les années qui viennent afin de pouvoir écrire plus.

En ce moment, vie bolognaise oblige, j'écris peu. Autrement dit rien d'autre que le blog.

Mais à partir de la semaine prochaine mon emploi du temps sera considérablement allégé, et ceci pour plusieurs mois.

Mes projets les plus concrets sont d'une part de continuer à écrire d'autres récits autour de Sujitha, de façon à ce que les histoires soient reliées les unes aux autres, d'autre part je voudrais reprendre mes extraits préférés des journaux de voyage que j'ai tenus en Inde pour en former un recueil autour d'un fil directeur, peut-être en y introduisant un peu de fiction.

Et puis, ensuite, quand je serai disponible, quand le temps sera devenu un allié, j'écrirais toutes ces histoires qui emplissent mes pensées depuis des années et qui attendent de voir le jour, d'être partagées.

Merci de m'avoir donné l'occasion de m'exprimer. J'ai répondu à ces questions avec un grand plaisir.

 


 
Un extrait :

"Assise, je ne vois que lui, ses mains qui glissent sur le volant, ses cuisses dont je devine, sous l'étoffe du pantalon, la musculature puissante, ses pieds nus qui jouent avec les pédales, son profil dont je suis du regard les courbes nettes et voluptueuses? J'effleure par la pensée sa bouche aux lèvres pleines, son nez aquilin, son front haut et fier que domine la masse noir de ses cheveux, coupés courts. Le matin, il est rasé de frais et l'envie de baiser sa peau lisse, qui semble si douce, m'accompagne durant les deux heures que dure le trajet.

Pendant la journée, alors que j'enseigne l'anglais à mes élèves de la Medium school, mes pensées, telles des papillons qu'un ibiscus soyeux attire, volent vers lui qui conduit son bus jusqu'en haut de la montagne."


Et, pour finir, le mot de Filaplomb :

Quand on me demande pourquoi j'ai publié Sujitha, la fille à la tache en forme d'étoile de Claudine Tissier, je comprend tout de suite que la personne qui m'interroge est forcément quelqu'un qui ne l'a pas lue !
En quelques lignes à peine, elle parvient à nous transporter en Inde, mais de manière à ce que tout nous soit naturel. L'histoire de Sujitha elle-même, bien que particulière, me semble rejoindre quelque chose d'universel du destin des femmes. C'est en tout cas ce que me rapportent les nombreux lecteurs qui m'en ont parlé, tout à fait ravis !


Pour la couverture, les photos du montage ont été choisies parmi celles gracieusement offertes par Fabio Campo. Pour cette raison, je peux, pour une fois, montrer les autres couvertures prévues et auxquelles vous avez échappé !

 
 

http://filaplombleconcours.blogspot.com/

Lundi 12 mai 2008 à 9:49

Zoridae, sur son excellent blog "de la sexualité des araignées" a réalisé une interview de Joan Aractingi, auteure aux éditions Filaplomb. Avec son accord, je me permets de reproduire ici son article :



Cette semaine j'ai emporté, pour l'un de mes trajets en métro, un petit livre des Editions Filaplomb. Il était seize heures, je partais donner quelques heures de cours au cœur de Paris, je me sentais un peu lasse, vaseuse encore, je n'étais pas très enthousiaste à l'idée de travailler jusqu'au soir, tard.

Je ne m'attendais pas à pouffer dès la deuxième page de la nouvelle de Joan Aractingi Des hamsters et des hommes. En quelques mots je suis sorti
e du contexte métro-boulot-dodo pour atterrir dans une histoire saugrenue, au rythme trépidant, toujours surprenante et de plus en plus drôle. A la station Les Halles j'étais collée contre la vitre, repliée autour de 22 pages de bonheur et je riais à gorge déployée. Mes voisins me dévisageaient cependant que j'étais partagée entre l'envie de lire plus vite, pour connaître la fin, le déroulement, les tenants et les aboutissants et le besoin de savourer les mots avant qu'ils ne se soient écoulés jusqu'au dernier.

Il me semble, qu'en littérature, le talent comique est plutôt rare. Je n'ai pratiquement aucun souvenir de lecture hilarante, que ce soit en nouvelle ou en roman. Ce talent, Joan le possède, indubitablement.

J'en ai été tellement bouleversée que j'ai eu envie de discuter avec elle. Grâce à son éditeur, je l'ai contactée et j'ai appris qu'elle sévissait également dans un blog sous le doux pseudonyme de Cochon Dingue. Nous avons échangé quelques mails, Joan a gentiment répondu à mes questions :



Comment es-tu venue à l'écriture ?

A l'âge de 6 ans, j'établissais déjà des contrats écrits entre mon petit frère et moi. Chaque soir avant de nous endormir, je lui racontais une histoire et mon frère me donnait en échange une BD.

"Je sous-signé Karl certifie avoir légué définitivement "Astérix aux jeux Olympiques" à sa soeur si merveilleuse et resplendissante".

Il scellait ce pacte en paraphant chaque contrat de son sang (enfin, au bout de 3 jours nous sommes passés au stylo, c'était quand même plus pratique et moins salissant). En l'espace de quelques mois, j'avais acquis toute sa collection de bandes dessinées et mon imagination était de plus en plus fertile. J'étais le Boris Vian junior de la
poésie, le Tolstoï en herbe des personnages. Je maniais les mots avec une facilité absolue et déconcertante pour un enfant de mon âge. Mon univers était riche, je déclinais les histoires de Toto à l'infini : Toto chez le charcutier, Toto chez le boucher, Toto à la boulangerie...

Seulement un soir, plus rien. Le vide. Pas l'ombre de l'esquisse d'une prémice de commencement d'histoire. Mon frère manifestait son impatience en labourant de ses pieds le lit superposé où j'étais perchée : "Remboursez !!! Remboursez !!! Le contrat est caduc. Je reprends toutes mes BD !"

— Ah non, ça ne se passe pas comme ça. Tu le saurais si tu avais lu la clause 26B paragraphe 112 alinéa 35.

— Mais j'ai pas encore appris à lire !

— C'est bien dommage pour toi !

Mais comme il me faisait de la peine, j'ai cherch
é d'autres idées, d'autres histoires et j'ai commencé ainsi à écrire.


Qu'écris-tu en ce moment ?
Je m'inspire en général de ce que je vois autour de moi. Alors j'observe les situations cocasses, les dialogues de sourds, les personnages intéressants ou tendres. J'écris beaucoup sur mon blog mes aventures en agences de pub. Malheureusement il n'y a pas si longtemps, certains collègues (légèrement susceptibles) sont tombés malencontreusement sur mes articles qui parlaient d'eux et n'ont pas vraiment apprécié. J'ai échappé de peu à un lynchage en place publique (c'est à dire devant la machine à café).

Depuis je n'écris plus sur mes collègues, vu que je n'en ai plus...

Mais le chômage a du bon. Maintenant j'ai du temps, beaucoup de temps. J'ai même envisagé d'écrire un remake de "Guerre et Paix" version 21eme siècle. Ça va m'occuper un certain moment.


Qu'as-tu contre les hamsters et les cochons d'Inde ?
Moi je n'ai rien contre eux, c'est eux qui ont une dent contre moi. J'avais acheté 2 mâles tout mignons. Ils s'amusaient bien ensemble, ils se montaient dessus. Je trouvais cela étrange mais je supposais que c'était une question de hiérarchie soci
ale, le dominant se mettait au-dessus du dominé. Mais en fait pas du tout. Au bout de 3 semaines, il y avait 8 hamsters dans la cage et au bout de 2 mois, ils étaient 16. C'est très vite exponentiel, on n'en finit pas.

J'aurais pu ouvrir une animalerie à ce rythme. Ma nouvelle Des Hamsters et des hommes est donc très inspirée de la réalité.


Es-tu aussi drôle en vrai ?
Non et c'est bien le drame. J'ai la réplique lente, très lente, genre 3 jours après. Je fais des exercices parfois devant la glace pour m'entraîner à trouver le bon mot, la phrase si bien tournée qu'elle déclenchera l'hilarité générale. Je me regarde dans le miroir, je me concentre, et là je sors :
— Oh putain, j'ai quand même vachement de points noir
s ! Et c'est quoi ce petit bouton sur le nez ? Bon je vais me faire un masque de beauté aux épinards."


Comment as-tu découvert les Editions Filaplomb ?
C'est Filaplomb qui m'a découverte par mon blog. Il m'a demandé si ça m'intéressait d'écrire une nouvelle qu'il pourrait publier si elle lui convenait. Et donc 126 versions après, je lui ai envoyé mon texte définitif (je lui aussi envoyé mes 125 premières versions pour qu'il choisisse mais je ne suis pas persuadée qu'il les ait toutes lues).


As-tu lu d'autres nouvelles chez lui ?

Je les ai toutes lues et toutes aimées ! J'ai un petit faible pour "Sujitha" de Claudine Tissier et "Le Chasseur de légendes" de Madame de K qui m'ont vraiment transportée ailleurs.


Quels sont tes projets d'écrivain ?
Les envies ne manquent pas. Nouvelles, romans...

Mais j'ai aussi plein d'autres projets en suspens (arriver à faire le grand écart, me remettre à dessiner et à peindre, illustrer des livres pour enfants) alors je vais essayer de ne pas me disperser et mener mes projets jusqu'au bout.


Un extrait :

«Chaque nuit, alors que je me réveillais en sursaut, je pouvais les sentir trépigner d'impatience et je me levais pour vérifier la solidité de leurs cages. Ils avaient bouffé le plastique des mangeoires, ils avaient entamé les roues, les tunnels, les petits jouets et il s'attaquaient maintenant à l'acier des barreaux. Un matin, on allait retrouver mon squelette rongé par leurs dents acérées. "Incroyable : un homme dévoré par ses hamsters nains, page 3".
Finir en fait divers avait quelque chose de franchement glauque.»



Pour conclure un petit mot de Filaplomb :
"Comme je le disais et comme le raconte Joan, dans la préparation de la maison d'édition, je cherchais des auteurs.
J'avais passé une annonce sur zazieweb où j'ai eu quelques réponses et j'ai aussi sollicité quelques auteurs de blog qui me paraissaient plutôt très-très doués pour l'écriture !

Pour Joan, le choix est évident tant elle excelle dans l'humour décalé, la petite phrase qui tombe à côté, pas là où le lecteur l'aurait prévue.

Pour les différentes versions de Des hamsters et des hommes, je n'ai pas eu le temps de tout lire !
Je recevais parfois deux versions dans la même matinée, il était matériellement impossible de la suivre.
J'ai simplement attendu qu'elle décide elle-même de la version définitive avant d'intervenir !
:-))

[La couverture de la nouvelle de joan Aractingi a été réalisée par Didier Ray]

Samedi 10 mai 2008 à 0:57

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La nouvelle, ce sont de petites histoires qui en disent long ! Aux éditions Filaplomb, nous sommes convaincus que cette forme de littérature mérite bien plus que ce qui est fait jusqu'à présent.


Nous avons donc décidé de lui inventer un écrin qui la rende pratique et accessible : un livre de petit format, 10 x 15 cm pour 24 pages, qui vous donne la possibilité de le transporter partout avec vous. Un livre mobile en quelque sorte !

Pour vous le faire découvrir dès aujourd'hui et jusqu'au 31 mai, nous vous offrons un euro de réduction immédiate pour votre choix de deux nouvelles parmi les huit déjà à notre catalogue.

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